Inscription Aller à: [ recherche ] [ menus ] [ contenu ] [ montrer/cacher plus de contenu ]



3) Le « Moi-peau » et mes Clous…

ALBUM rassemblant peintures, sculptures, photos, sur les Clous:

(Clic sur photo ci après pour voir les photos):

LE Moi Peau, Mes Clous:
Album : LE Moi Peau, Mes Clous:
mes CLOUS
48 images
Voir l'album

Composition photo sur toile 120 x 90:

 affiche200x170compo9.jpg    poster2df.jpg 

« La Famille » Huile sur toile : 130 x 60

       lafamillehuilesergetenze.jpg   tableauxpapier024.jpg   tableauxpapier026.jpg 

« Clou mâle crucifié » Huile sur toile 207 x 107

p1010827.jpg

 tableaux2016.jpg tableaux4047.jpg tableaux072bis.jpg lecloudimanche.jpg Moi-peau Cuivre 1

 (Collection privée)     tableauxclous26.jpg

SCULPTURES:

   Sculpture sur pierre Clou mâle Serge Tenèze   St-Jean de la Croix, la traversée 1 m 72 Serge Tenèze   stjeandelacroixlatraverse.jpg

 Les Clous

Un autre regard

L’objet est unique, de par sa forme, son apparence et son environnement.

Le regard que l’on porte sur lui est empreint de notre propre histoire, ce regard lui confère déjà une vie propre.  Mais cette vision devient totalement subjective.

Si le regard est  guidé par la forme de l’objet, il l’est aussi, mais modifié, par  sa fonction.

Cette vision est donc prédéfinie, raccrochant l’image du clou à sa fonction, puis à nos souvenirs, à l’utilité personnelle qu’on lui prête, à l’expérience vécue.

Le clou par lui-même

Un clou peut avoir plusieurs « formes » extérieures (enveloppe), plusieurs familles, plusieurs noms. Il peut être usiné ou forgé…

Neuf, il présente déjà une enveloppe construite. S’il a déjà été ‘’utilisé’’, son enveloppe trahit davantage la mémoire d’un vécu mais aussi « le mouvement actif qui ‘’le’’ met en contact avec une partie de lui-même aussi bien qu’avec l’autre ».

Il peut  être neuf ou vieux, en bon ou mauvais état, avoir réalisé sa fonction première, être allé au bout de sa destinée, ou pas. Mais

a t il déjà cette sorte d’humanité que nous confère l’ expérience, l’ expérimentation d’ une partie de vie ? C’est cet aspect qui m’intéresse.

L’existence du clou, ce qu’il nous donne à voir

De par son existence, le clou a construit ou a subit sa propre histoire, repérable à son apparence ‘’superficielle’’.

Ce Clou porte les traces du temps (éclats, rouille…). Elles sont visibles et correspondent à une certaine « expérience » de vie (clous tordus, cassés, éraflés…). On peut les considérer comme autant de marques, de blessures,  de souvenirs mémorisés.

Ces marques représentent la patine du temps que l’on doit décoder comme autant de langages propre au vécu de chaque chose comme de chaque être. De là découle une nouvelle notion : celle de l’enveloppe, protectrice et secrète de son passé, son intimité fonctionnelle, et « frontière du Moi ».

De la notion de l’enveloppe découle une certaine personnalité, une notion tactile appréhendée automatiquement par l’œil, « stimulus visuel »  en

référence mimétique à  nos propres souvenirs.

Appréhender le « vécu » des objets

On ne cherche à voir, à comprendre, et à peindre que le temps et la notion d’espace.

Le temps figuré, le temps abstrait, le temps figé ou futur. Ce qui m’intéresse dans cette recherche est le temps passé. Celui  passé par l’objet pour accomplir sa tâche, accomplir sa destinée. L’objet nous arrive aujourd’hui, non pas tel qu’à son origine (neuf, ce qu’il a pourtant été), mais marqué ou  déformé par les traces du temps.  Tout comme pour tout être humain, cette notion nous renvoie inévitablement à la question de la mémoire.

Le Clou est  marqué à la fois par  la construction de son enveloppe, sa vie propre, et  par son environnement; le travail que l’homme lui a infligé, ou son environnement ‘’familiale’’.

On ne peut oublier l’alliance de l’homme et du Clou, l’action de l’homme sur le Clou, sa trace, sa marque inscrite dans et sur l’objet. ( sa façon de le bien ou mal traiter, le façonner, le lier à d’autres matériaux ou objets, le guider ou l’exploiter).

L’enveloppe extérieure de l’objet, l’enveloppe de rouille de ce clou, ses cicatrices, peuvent paraître si  banale à certains; pourtant, il s’agit bien là  d’une peau … qui reste sa mémoire intime, barrière témoignant par ses codes, des péripéties de sa vie liée à l’homme. Tout comme nous, cette peau le ‘’protège’’ mais nous révèle son vécu et son présent,  sa personnalité, ses carences. Ces cicatrices, ces accidents de la vie, ces marques,  traduisent de manière codée son parcours, et (dis) fonctionnements psychiques .

Sa peau est l’enveloppe de son corps mais elle enveloppe aussi l’appareil psychique .

Mon travail de photo et de peinture , « La Mémoire-objet » et le Clou / « Moi-peau », est issu des thèmes brillamment développées par Didier Anzieu. Le lecteur n’étant pas, tout comme moi, psychanalyste, Il me paraît important et nécessaire de résumer les 8 fonctions du « Moi-peau »:

1-Maintenance, 2- Contenance, 3- Pare-excitation, 4-Individualisation,5-Inter sensorialité, 6-Soutien de l’excitation sexuelle, 7-Recharges libidinales, 8-Inscriptiions des traces.

1 Maintenance

« De même que la peau remplit une fonction de soutènement du squelette et des muscles, le Moi-peau remplit une fonction de maintenance du psychisme. Le Moi-peau est une partie de la mère, intériorisée qui  maintient le psychisme en l’état de fonctionner. L’appui externe de l’enfant sur le corps maternel conduit le bébé à acquérir l’appui interne sur sa colonne vertébrale.

Blaise Pascal, tôt orphelin de mère a théorisé cette horreur du vide intérieur longtemps attribué à la nature ; ce manque de l’objet support nécessaire au psychisme  pour qu’il trouve son centre de gravité.

Francis Bacon, dans ses tableaux peint des corps déliquescents à qui la peau et les vêtements assurent une unité superficielle mais dépourvus de cette arête dorsale qui tient le corps et la pensée : des peaux remplies de substances plus liquides que solides…

  2 -Contenance

A la peau qui recouvre la surface entière du corps et dans laquelle sont insérés tous les organes des sens externes répond la fonction « Contenante » du Moi-peau. La sensation-image de la peau comme sac est éveillée chez le tout petit par les soins que lui procure la mère.

3-Pare-excitation

Sensation-image de la peau comme sac…structure virtuelle à la naissance qui s’actualise au cours de la relation entre le nourrisson et l’environnement primaire…dès l’apparition des organismes vivants… 

4-Individualisation

Par son grain, couleur, texture, odeur, la peau présente des différences considérables. Narcissiquement ou socialement surinvesties, permettant de voire chez autrui les objets d’attachement et de s’affirmer soi même comme un individu ayant sa peau personnelle. Le Moi-peau assure une fonction d’individualisation du Soi, apportant le sentiment (psychique) d’être unique. Freud décrit l’Angoisse par « l’inquiétante étrangeté » liée à une menace visant l’individualité du Soi par l’affaiblissement du sentiment de frontières de celui-ci (exemple de la schizophrénie où la réalité extérieure (mal distinguée de l’intérieur) et considérée comme dangereuse à assimiler et la perte du sens de la réalité permet le maintien à tout prix du sentiment d’unicité du Soi.

5- Inter sensorialité

Le Moi-peau au même titre que la « poche » est  une surface psychique qui relie entre elles des sensations de diverses natures. La fonction d’Inter sensorialité du Moi-peau aboutit à la constitution d’un « sens commun » (le sensorium commune à la philosophie Médiévale) dont la référence de base se fait au toucher. A la carence de cette fonction répondent l’angoisse de morcellement du corps, de démantèlement, d’un fonctionnement anarchique des sens.

6- Soutien de l’excitation sexuelle

La peau du bébé fait l’objet d’un investissement libidinal de la mère (nourriture, soin, contact avec  peau à peau) agréable, qui préparent l’auto-érotisme et situent comme toile de fond habituelle des plaisirs sexuels. Plus précisément sur certaines zones érectiles ou à certains orifices ou excroissances où l’épiderme est amincie permettant un contact direct avec la muqueuse et produit une surexcitation.

Le Moi-peau remplit la fonction de surface de soutien de l’excitation sexuelle.

La sexualité se résumerait aux plaisirs du contact peau contre peau et la grossesse résulte de la simple étreinte corporelle  et du baiser. Faute d’une décharge satisfaisante, cette enveloppe (psychique) d’excitation érogène peut se transformer en enveloppe d’angoisse.

Si le soutien de l’excitation sexuelle n’est pas assuré, l’adulte ne se sent pas en sécurité suffisante pour s’engager dans une relation sexuelle complète aboutissant à une satisfaction génitale mutuelle.

Enfin, dans d’autres cas la figuration d’un Moi-peau mal construit aboutit à la prédisposition aux perversions sexuelles visant à inverser la douleur en plaisir.

7- Recharges libidinales

A la peau comme surface de stimulation permanente du tonus sensori-moteur par les excitations externes répond la fonction du Moi-peau de Recharge libidinale du fonctionnement psychique, de maintien de la tension et énergétique interne…Les ratés de cette fonction produisent l’angoisse de l’explosion de l’appareil psychique (surcharge d’excitation d’où la crise épileptique), l’angoisse di Nirvâna qui serait l’accomplissement du désir d’une réduction de la tension à zéro.

8 -Inscription des traces

La peau fournit des informations au sens tactiles (toucher, douleur, chaud-froid, sensibilité derme) ces informations sur le monde extérieur sont recoupées par le « Sens commun »  ainsi que les informations sonores et visuelles. Le Moi-peau remplit une fonction d’Inscription

des traces  sensorielles tactiles, de pictogramme  (P. Castoriadis -Aulagnier), de bouclier de Persée renvoyant un miroir de réalité selon F. Pasche.

Cette fonction se développe par un appui biologique et social.

Biologique : premier dessin de la réalité sur sa peau

Social : l’appartenance d’un individu à un groupe social se marque par des incisions, scarifications, peintures, tatouages, maquillages, coiffures, et vêtements. Le Moi-peau est le parchemin originaire, qui conserve, à la manière d’un Palimpseste (parchemin gratté et ré écrit) les brouillons raturés, grattés, surchargés, d’une écriture « originaire » préverbale faite de traces cutanées.

Une forme d’angoisse relative à cette fonction est d’être marquée à la surface du corps et du Moi par des inscriptions infamantes et indélébiles provenant du Surmoi (rougeurs, eczéma,). L’angoisse inverse porte sur le danger de l’effacement des inscriptions sous l’effet de leur surcharge, soit la perte de la capacité de fixer des traces, dans le sommeil par exemple.

Cette « enveloppe sonore du Moi », «  Moi à partir de son expérience de la surface du corps »,  comme l’analyse Didier ANZIEU* participe à mieux comprendre mon travail de photo et de peinture sur le ‘’Moi-mémoire’’…

L’envie de créer , de savoir faire,,  devrait-elle inévitablement passer par des travaux sans réelle conception, des « œuvres » instinctives,  sans aucune signifiance,  simple codification picturale ? Le photographe, le peintre, devrait il tomber dans l’écueil d’un présent sans surprise,  tellement prévisible,  « tendance », adapté à l’œil des regardeurs et des  organisateurs de Salons…

Pour ne pas conclure sur les Clous

Je veux croire que les choses du passé, à l’instar de certaines valeurs, si souvent oubliées, méconnues car plus pratiquées, donc plus comprises, sont trop souvent méprisées. Notre passé est toujours là, dans notre mémoire, nos sens,  notre Peau, par ces Clous…

dans ces objets familiers ‘’in-signifiants’’ ;

Comme l’analyse Anzieu, l’enveloppe cutanée fonde le Moi-peau…mais n’exclut pas d’autres types d’enveloppes, sonore, visuelle, olfactive; enveloppe du rêve, enveloppe de mémoire.

Faisant suite à une étude publiée de Nicolas Abraham (1978), il explique que le cerveau est la partie supérieure et antérieure de l’encéphale. Le cortex  (l’écorce en latin) désigne la couche externe de substance grise qui coiffe la substance blanche.

Le centre est donc situé en périphérie.

La pensée serait elle autant une affaire de peau que de cerveau ? Et si le Moi, comme Moi-peau, avait une structure d’enveloppe ?…

Serge Tenèze,

*Didier ANZIEU : professeur à l’université Paris x-Nanterre .Membre de l’association psychanalytique de France dont il a été vice-président.  

Conte:

Il    était    une    fois    des    Clous Il était une fois un garçon avec un mauvais caractère. Son père lui donna un jour un sachet de clous et lui dit d’en planter un dans la barrière du jardin chaque fois qu’il perdrait patience ou se disputerait avec quelqu’un. Le premier jour il en planta 37. Les semaines suivantes il apprit à se contrôler un peu plus. Le nombre de clous qu’il plantait diminuait de jour en jour. Il découvrait qu’il était plus facile de se contrôler que de planter des clous. Un jour arrivât où le garçon ne planta plus aucun clou dans la barrière. Il alla voir son père qui lui dit alors d’enlever un clou dans la barrière pour chaque jour où il n’aurait pas perdu patience. Les jours passèrent et le garçon dit un jour à son père qu’il avait enlevé tous les clous de la barrière.  Alors le père conduisit son fils devant la barrière et lui dit : « Mon fils, tu t’es bien comporté, mais remarque tous ces trous dans la barrière…Elle ne sera jamais plus comme avant…ces trous sont comme des blessures faites par un couteau sur un homme. Tu peux lui retirer le couteau, il restera toujours une blessure. Peu importe combien de fois tu t’excuseras, la blessure restera. Une blessure verbale fait aussi mal qu’une blessure physique, et laisse autant de cicatrices que ces trous dans la barrière. »  Serge Tenèze 

Pas de Commentaires à “3) Le « Moi-peau » et mes Clous…”

  ( Fil RSS pour ces commentaires)

Laisser un commentaire


LA CAVERNE D'ALIBORON |
URM |
Salsa Maria |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | ALEX MODE
| mae&art
| arphil.bar